Le combat des Femmes d’Ahmetler

La lutte des paysan-nes du village d’Ahmetler.

En ce matin du 12 mars, la Caravane Féministe est sur la route vers Antalya, mais avant serra-akcan___F9B6218d’arriver en ville, un arrêt est prévu au village d’Ahmetler. Lorsque les bus s’engagent sur la route qui amène à Ahmetler, nous sommes nombreuses à changer de siège pour ne pas être trop effrayées par le grand précipice à côté de la route ! Mais la nature environnante est merveilleuse. Chaque années, environ 5000 touristes viennent profiter des charmes du canyon et des chutes d’eau voisines.

L’arrivée à Ahmetler est triomphale : un grand nombre d’habitants et d’habitants sont là pour nous accueillir, les femmes ont préparé des sortes de crêpes aux légumes fait sur des fours de pierre. Nous sommes si heureuses de manger pendant que les femmes nous expliquent leurs luttes.

sine-boran-art_DSC_0209Ce qui s’est passé dans ce village est l’histoire d’une incroyable résistance des habitant-es du village, avec les femmes en premier plan de la lutte pour protéger leur territoire.

Un jour, une entreprise d’Antalya est arrivée avec l’intention de construire une centrale hydro-électrique. Des accords avaient été passés avec les autorités mais les villageois-es n’étaient même pas au courant du projet ! Les personnes du village ont alors résisté en renvoyant les travailleurs de l’entreprise.

Mais l’entreprise est revenue de nuit, ramenant les machines dans le dos des villageois-es. Les gens ont commencé à s’énerver et tentèrent d’empêcher l’entreprise d’amener d’autres machines. C’est alors l’histoire d’un siège, car les habitant-es du village construisent une cabane pour garder le lieu et contrôler le territoire. La résistance est attaquée aux gaz lacrymogènes par les forces de sécurité privée de l’entreprise, bientôt rejoins par la police et l’armée. Une nuit, les soldats tirent en l’air pour faire peur et dégager la route. Les hommes voulaient partir, disant que ça allait trop loin, mais les femmes refusent. Les femmes ont dit aux hommes : “partez si vous voulez, nous gardons la route”. Même quand il pleuvait, même sous le froid, avec les soldats qui venaient leur dire “pourquoi ne rentrez-vous pas chez vous ?”, les femmes sont restées et ont résisté. “Les forces de sécurité privées ont essayé de nous chasser, elles ont tiré sur nos tentes, ils ont fait beaucoup de choses pour nous faire abandonner la résistance. On voyait que les machines coupaient des arbres aux alentours, ils ont coupé énormément d’arbres”, témoigne une femme rencontrée à Ahmetler. Les femmes ont aussi organisé des actions de sit-in pour manifester et résister.

Et les villageois-es d’Ahmetler ont résisté et ont gagné leur lutte. Pendant des mois, ils et elles ont bloqué la route qui amenait à la zone de chantier, rendant extrêmement difficile l’alimentation de la zone en nourriture pour les travailleurs tout comme en essence pour les machinsine-boran-art_DSC_0204es. Pour les gens d’ici, c’était une question de survie : la centrale aurait détruit le canyon, pollué l’eau et endommagé toute la montagne. Les activités agricoles et d’élevage auraient été rendues impossible avec la pollution de l’eau et la modification de l’écosystème. Enfin, le tourisme, ressource économique importante dans la vallée aurait simplement disparu avec la destruction de la nature. C’est pour cela que les habitant-es d’Ahmetler ont résisté  pour sauver leur territoire, leurs vies et celles de leurs enfants.

Les villageois-es d’Ahmetler, emmenés par les femmes, ont sauvé leur lieu de vie. Maintenant la vallée est protégée par une règlementation nationale, ce qui signifie que la valeur du site est reconnue et protégée.

Longue vie aux luttes des femmes !

Clara Carbunar

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