La Marche Mondiale des Femmes en solidarité avec Vio Me

La Caravane Féministe était à Thessalonique en mars 2015.

Nous avons rencontré les travailleurs/euses de Vio.Me et les membres du comité de solidarité : nous avons participé à leur action de rue et à leur vente de produits, nous sommes allées les soutenir au tribunal et avons visité l’usine occupée.

Vendredi 20 mars – Vente de produits et sensibilisation dans la rue 

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Lundi 23 mars 2015 – Le procès

Ce lundi matin, la Caravane Féministe de la MMF était encore à Thessalonique. Nous sommes allées au procès de Vio Me en soutien aux salarié/es de cette usine auto-gérée.

Les travailleurs de VIOME à Thessalonique, en Grèce, se sont levés contre la pauvreté et le chômage. Ils ont entamé une longue lutte pour l’autogestion de l’usine et ce dans un contexte hostile. Cela fait deux ans qu’ils produisent et commercialisent des produits de nettoyage écologique dans l’usine occupée, ce qui leur garanti un revenu modeste pour leur famille.” http://www.viome.org/p/francais.html

Nous sommes solidaire des Vio Me non seulement parce qu´illes ont repris leur usine et se sont organisé collectivement en auto-gestion, mais aussi parce que leur processus de décision est ouvert aux citoyen/nes, consommateurs/trices… Participer au comité de solidarité inclue la participation aux décisions sur ce qui est produit et de quelle manière.

Quand nous sommes arrivées au tribunal, les salarié-es semblaient nerveux. Ayant été informés trop tard de la date du procès, leur première demande était de le reporter, mais cela n’a pas été accepté.

Il y avait environ une cinquantaine de personnes dans la salle, des salarié-es, des membres du comité de solidarité et des personnes venues en soutien. La salle était pleine et beaucoup de gens étaient debout. Nous avons également remarqué le tableau de Jésus très présent au dessus des juges et la bible sur le pupitre des témoins.

Le procès était en grec, donc Manos – du comité de solidarité – était à coté de nous pour nous expliquer le déroulement du procès. Ce jugement concerne la demande des propriétaires de vendre l’ensemble du terrain et des anciens locaux, l’usine Vio Me en est seulement une partie.

Les travailleurs de Vio Me ne font légalement pas partie de la procédure de jugement, mais comme ils ont un intérêt légal à conserver la partie de l’usine qui leur sert à produire, ils ont été autorisé à participer au procès et se défendre. Ils demandent à garder cette partie de l’usine où leurs machines et locaux sont installés.

Ce qui était triste pendant ce procès était aussi la présence d’autres anciens salariés, qui eux soutenaient la vente de l’usine, dans l’espoir de récupérer l’argent que la compagnie leur devait et leur avait promis. Selon la loi grecque, l’argent obtenu de la vente de l’usine doit d’abord être versée à l’État en remboursement de la dette des propriétaires. Le reste doit ensuite revenir aux salarié-es mais dans ce cas, la dette est si grande qu’ils ne toucheront vraisemblablement rien.

IMGP0006Il y avait donc une tension entre les deux groupes d’anciens collègues, allant jusqu’à de violentes disputes en dehors de la salle, avant, pendant et après la séance. C’est aussi le résultat d’une stratégie des propriétaires et de l’État – assez classique dans ce système capitaliste – de nourrir les divisions entre salarié-es.

Le procès de ce jour devait permettre à la cour de savoir si les Vio Me produisaient et utilisaient réellement les machines et l’usine abandonnées il y a 4 ans par les propriétaires. La preuve de la productivité de Vio Me justifierait le besoin pour eux de conserver cette partie de l’usine. La seule témoin était Eleni, une des membres de comité de soutien. Il a été difficile pour la cour d’accepter son témoignage puisqu’elle ne faisait pas parti des salarié-es. Bien sur, son témoignage était très important pour montrer que cette affaire n’est pas seulement à propos des travailleurs en lutte dans l’usine.

Il y a encore des procès à venir sur ce problème et d’autres encore ; l’un aura lieu le 8 mai, un autre en juin. Les salarié-es n’étaient pas vraiment satisfaits du résultat mais ils sont déterminés. Comme ils disent, si quelqu’un veut acheter les locaux, cette personne devra accepter leur présence, leurs espace et leur mode de production.

La prochaine mobilisation sera une caravane de solidarité, de Thessalonique à Athènes (du 3 au 6 avril), avec des étapes à Larissa, Volos et Chalkida, puis une grande manifestation devant le ministère du travail à Athènes.

24 Mars 2015 – Visite de l’usine de Vio.Me

P1110615Le 24 mars, nous avons eu la chance de visiter les prémices de l’usine de Vio.Me et de parler avec quelques travailleur-se-s.

Dimitri a été notre guide à travers les différentes salles qui sont restées fonctionnelles depuis que l’usine a cessé sa production de construction de matériaux en 2011. Comme il l’explique, Dimitri est habitué à donner des interviews aux différents médias et activistes qui ont visité l’usine depuis son occupation, et changé sa production. De fait, Vio.Me est devenue un symoble réussi de lutte de travailleur-se-s et d´autogestion.

Notre visite a commencé par la salle de production, là où se trouvaient avant celles des matériaux de production. Vio.Me était une filiale de l’entreprise Philkeram, qui a déclaré un état de faillite et cessé sa production en 2011. Les machines de cette salles sont désormais utilisées pour produire des produits ménagers écologiques. Le processus de production est basé sur des ingrédients naturels tels que le vinaigre, les huiles d’olive, d’amande, de ricin ou de noix de coco, et cela peut prendre jusqu’à trois mois pour que les savons soient prêts à être utilisés, après la solidification et le séchage traditionnels.

Dans la salle de fermentation, le laboratoire chimique où ont lieu les contrôles de qualité, comme dans l’entrepôt, on peut encore voir des piles de paquets de ciment de l’ancienne ligne de production. On est ensuite entrés dans le bâtiment où, les dimanches, des bazars sont organisés, ainsi que d’autres activités sociales (concerts, réunions, fêtes). Ils ont décide de donner vie à l’usine et de créer un lieu pour que tout le monde puisse se rencontrer. Dimitri explique qu’au début illles ont dû surveiller 24h/24 afin d’éviter les vols de matériels et une évacuation du lieu. Les 21 personnes travaillant actuellement à Vio.Me s’organisent en 3 équipes : une équipe de production le matin et deux équipes de production de surveillance de 15h à 19h.

P1110606A la fin de l’espace de production, il nous a montré le lieu des assemblés, qui se tiennent chaque matin. Nous avons eu l’occasion de lui demander l’histoire récente de cette usine, sa transformation et perspectives futures. Il nous a expliqué que Philkeram était l’une des entreprises les plus rentables du secteur en Europe entre 2000 et 2008. Elle produisait des matériaux de construction pour de grandes entreprises et des aéroports internationaux, comme celui de Dubaï. En 2008, l’entreprise a commencé à retarder les paiements à ses salarié-e-s et à ses fournisseurs, et à virer des travailleur-se-s, alors que l’entreprise générait clairement des profits. Le but de la direction de l’entreprise était de fermer l’usine et de ne pas payer les dettes, qui avaient atteint 1 million d’euros en taxes dues à l’état et environ 1, 6 millions aux salarié-e-s. A la question de savoir comment un telle dette s’était accumulée au fil des années, il nous a répondu que la direction de l’entreprise avait expatrié tous les profits, arrêté de payer les salaires et les taxes et voulait vendre le terrain et les installations de l’usine. L’Etat lui avait même accordé par le passé des baisses de taxes pour aider l’usine à se maintenir et offert 14 million d’euros pour éviter la fermeture. Il était devenu clair que la direction n’avait aucun intérêt à maintenir l’usine en vie. De plus, les profits générés par la production de Vio.Me ont été utilisés pour « sauver » Philkeram à travers des procédures illégales, alors qu’aucun.e des travaillleur-se-s ou des fournisseurs n’a recu un euro de ces profits des dernières années.

Quand les propriétaires ont finalement abandonné l’usine en 2011, une vingtaine de travaillleur-se-s ont décidé de prendre des mesures et de se protéger eux.elles mêmes avec une assurance qui leur garantissait le droit d’utiliser pendant un an l’usine. Une fois la période de protection terminée, les bâtiments furent officiellement occupés et les travaillleur-se-s commencèrent à partager activement leur lutte avec la société et avec les collectifs d’activistes : “Les travaillleur-se-s ont allumé l’allumette, mais le feu a pris grâce à toutes les personnes qui se sont engagées dans la lutte”.

Les travaillleur-se-s avaient les connaissances pour faire fonctionner les machines, l’électricité et les besoin d’eau, mais illes voulaient produire de meilleures choses pour la société et pour l’environnement. C’est ainsi qu’il a été décidé de produire du savon et produits écologiques. Aujourd’hui, leurs produits sont vendus non seulement en Grèce, mais aussi a l’étranger, par vente directe dans les bâtiments de Vio.Me ou par les activistes qui soutiennent l’usine. Le soutien reçu depuis les mouvements sociaux locaux et internationaux est très important pour les discussions en cours avec les ministères au sujet de l’adoption d’une nouvelle loi qui pourrait leur permettre de garder légalement l’usine.

L’organisation du travail depuis l’occupation de l’usine est base sur des assemblées régulières où toutes les décisions importantes sont prises : que produire et comment, comment gérer le jugement ou comment continuer leur résistance de façon visible et forte. Les travaillleur-se-s sont maintenant organise.e.s en coopérative, ce qui aide la partie légale du processus. Dimitri a répété que la quantité produite est uniquement la quantité nécessaire pour vivre et que leur approche n’est pas celle de l’accumulation de profits.  

http://www.viome.org/P1110629

Ioana Pop, Marion Lafon, Natalija Laptosevic

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